Une cour historique en pierre entourée d'arcades sous un ciel bleu dégagé

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L'arabe libyen est le dialecte maghrébin parlé par environ 6,1 millions de personnes en Libye. Il se divise en deux : une variété de l'Est autour de Benghazi et de Bayda, et une variété de l'Ouest autour de Tripoli et de Misrata. Comme le marocain et le tunisien, il marque le « je » par un préfixe n-, et il prononce le qaf comme un g dur.

Ce partage entre l'Est et l'Ouest est la première chose que mentionne chaque source sur l'arabe libyen, et la dernière qu'elles vous montrent. Cette page le met en tableau. Vous trouverez ci-dessous les mêmes mots courants dans la prononciation de Benghazi et dans celle de Tripoli, côte à côte, un second tableau qui compare le libyen à l'arabe standard moderne (souvent appelé arabe littéraire), et un état honnête des trois ou quatre livres qui existent.

Comment lire l'arabe. L'écriture arabe vient d'abord, notre translittération ensuite, avec un seul système sur toute la page : kh est la jota espagnole, ou le « ch » allemand de Bach, gh est très proche du « r » grasseyé de « Paris », ع s'écrit ʿ, et un coup de glotte s'écrit ʾ. L'arabe libyen n'a pas d'orthographe standard. C'est une langue parlée, qui s'écrit surtout dans la poésie populaire et dans les SMS ; les graphies dialectales suivent donc ici la prononciation.

Où l'on parle l'arabe libyen, et combien de personnes

La 28e édition d'Ethnologue compte environ 6,1 millions de locuteurs de l'arabe libyen, d'après des données recueillies entre 2020 et 2024. La Banque mondiale estime la population totale de la Libye à 7 458 555 habitants pour 2025 : l'arabe libyen est donc la langue maternelle d'environ quatre habitants sur cinq. Les autres parlent des langues berbères, le tedaga ou le domari, ou font partie des populations de migrants et de réfugiés qui utilisent un arabe de contact simplifié.

Le dialecte ne s'arrête pas à la frontière. L'arabe libyen de l'Est se prolonge vers l'est dans le désert occidental égyptien, où le même parler est classé comme arabe bédouin d'Égypte occidentale. Ethnologue y compte environ un million de locuteurs ; une étude de Kees Versteegh donne une fourchette bien plus basse, de 90 000 à 474 000. Nous n'avons vu nulle part ces deux chiffres réconciliés, et il vaut mieux connaître cet écart avant de citer l'un ou l'autre. Une troisième variété, au sud, centrée sur Sebha, penche vers le dialecte de l'Ouest et s'étend le long de la frontière avec le Niger.

L'arabe libyen de l'Est et de l'Ouest, côte à côte

La différence la plus nette entre l'arabe libyen de l'Est et celui de l'Ouest concerne les trois lettres interdentales. À Benghazi, ث se prononce encore comme le « th » de l'anglais think, et ذ comme le « th » voisé de l'anglais this (dh). À Tripoli, les deux se sont durcis en simples t et d, comme dans la plus grande partie du Maghreb. La correspondance est régulière : une fois la règle connue, on peut déduire une forme de l'autre, et le tableau ci-dessous l'applique à des mots ordinaires.

L'arabe libyen de l'Est (Benghazi, Bayda) et de l'Ouest (Tripoli, Misrata) comparés
FrançaisArabe standard moderneLibyen de l'OuestLibyen de l'EstOrigine de la différence
ailثوم
thum
توم
tum
ثوم
thum
ث se durcit en t à l'Ouest
deuxième, autreثاني
thani
تاني
tani
ثاني
thani
ث se durcit en t à l'Ouest
glace, neigeثلج
thalj
تلج
talj
ثلج
thalj
ث se durcit en t à l'Ouest
orذهب
dhahab
دهب
dahab
ذهب
dhahab
ذ se durcit en d à l'Ouest
ce, celui-ci (masculin)هذا
hadha
هادا
hada
هاذا
hadha
ذ se durcit en d à l'Ouest
prends ! (à un homme)خذ
khudh
خذ
khud
خذ
khudh
même graphie, deux prononciations
œufsبيض
bayd
بيض
bed
بيظ
beidh
l'Est tend à pousser le d emphatique vers dh
maisonبيت
bayt
بيت
bet
بيت
beit
l'ancien ay survit en diphtongue dans le parler de l'Est
jourيوم
yawm
يوم
yom
يوم
youm
l'ancien aw survit en diphtongue dans le parler de l'Est
boisلوح
lawh
لوح
loh
لوح
louh
l'ancien aw survit en diphtongue dans le parler de l'Est
j'ai écritكتبت
katabtu
كتبت
ktabit
كتبت
kitabt
la voyelle d'appui tombe tard à l'Ouest, tôt à l'Est

Deux autres différences comptent. Le duel, que la plupart des dialectes arabes ont perdu sur les verbes et ne gardent qu'à l'état de traces sur les noms, est plus largement employé à l'Est. Et le mot بنة (banna) signifie « goût » dans la plus grande partie du pays, mais « odeur » à l'Est : de quoi transformer un compliment sur la cuisine de quelqu'un en reproche. La variété de Tripoli porte plus loin que celle de Benghazi, car l'audiovisuel libyen est concentré dans la capitale : c'est donc le parler de l'Ouest que la plupart des étrangers entendent comme « l'arabe libyen ».

Ce qui distingue l'arabe libyen de l'arabe standard moderne

Le trait qui montre que l'arabe libyen est maghrébin et non égyptien est le préfixe n- à la première personne du singulier. En Libye, نكتب (niktib) signifie « j'écris », pas « nous écrivons ». Pour dire « nous écrivons », un Libyen ajoute en plus une terminaison de pluriel, نكتبوا (nikitbu). Tout locuteur égyptien, levantin ou du Golfe lit la première forme comme un pluriel, et c'est pourquoi le tout premier verbe d'une phrase libyenne peut lancer un auditeur du Caire sur une fausse piste.

La deuxième chose que l'on entend, c'est le qaf. L'arabe libyen prononce ق comme un g dur partout, sauf dans les mots fraîchement empruntés à la langue écrite : قال se dit gal et قط devient gattus. C'est un trait bédouin plutôt que maghrébin, partagé dans toute la péninsule avec les variétés bédouines avec lesquelles le libyen partage son g dur, et c'est l'une des rares choses qui rendent le libyen plus facile pour une oreille du Golfe que pour une oreille cairote.

L'arabe libyen face à l'arabe standard moderne : les verbes, puis des mots courants
FrançaisArabe standard moderneArabe libyen
il a écritكتب
kataba
كتب
ktab
j'écrisأكتب
aktub
نكتب
niktib
nous écrivonsنكتب
naktub
نكتبوا
nikitbu
je monte (en voiture), je parsأركب
arkab
نركب
narkib
je danseأرقص
arqus
نرقص
nurgus
il a ditقال
qala
قال
gal
il a vuرأى
raʾa
شبح
shbah
il s'est assisجلس
jalasa
قعمز
gaʿmiz
beaucoupكثيرا
kathiran
هلبا
halba
difficileصعب
saʿb
واعر
waʿir
voitureسيارة
sayyara
كرهبة
karhba
chatقط
qitt
قطوس
gattus
deuxاثنان
ithnan
زوز
zoz
qui ?من
man
شكون
shkun
eauماء
maʾ
مي
me
cuisineمطبخ
matbakh
كوجينة
kujina
papierورق
waraq
كاغط
kaghit

Les quatre dernières lignes montrent d'où vient le vocabulaire. Zoz et shkun sont partagés avec l'arabe tunisien, de l'autre côté de la frontière ouest. Kujina est l'italien cucina, hérité d'une période coloniale qui a laissé à l'arabe libyen tout un vocabulaire technique d'outils d'atelier et de noms de poissons. Kaghit est le turc ottoman kağıt. Et كوشة (kusha, four) et قرجومة (garjuma, gorge) sont berbères, laissés par les langues parlées en Afrique du Nord avant l'arrivée de l'arabe.

Le libyen face à ses voisins

L'arabe libyen est bien plus facile pour un Tunisien que pour un Égyptien, alors que la Libye borde les deux pays. Le parler libyen de l'Ouest, celui de la Tripolitaine et du Fezzan, est globalement compris des Tunisiens et, dans une moindre mesure, des Algériens de l'Est, car il appartient à la famille maghrébine, dont le libyen occupe la bordure orientale, et en partage la grammaire. Les Égyptiens et les locuteurs venus de plus à l'est le trouvent vraiment difficile, et les Libyens le savent : face à un visiteur du Moyen-Orient, ils remplacent les mots locaux, disent ktir au lieu de halba pour « beaucoup », et les mots italiens disparaissent en premier.

La frontière avec l'Égypte est donc la plus marquée des deux, mais pas comme le suggère une carte. Le libyen de l'Est ne se fond pas progressivement dans le parler du Caire à mesure qu'on avance vers l'est ; il se prolonge au-delà de la frontière sous la forme d'un dialecte bédouin du désert occidental égyptien, et le parler cairote commence bien plus loin. Un apprenant qui compte utiliser l'arabe égyptien en remplacement du libyen choisit donc le voisin qui l'aide le moins, même si c'est celui qui dispose de tous les supports. Si vous cherchez la comparaison vivante la plus proche de la situation libyenne, regardez l'arabe soudanais, l'autre grand dialecte presque sans supports publiés.

Les traits de prononciation qui piègent les apprenants

Ce n'est pas le vocabulaire qui ralentit d'abord, ce sont les voyelles. Là où l'arabe standard dit kataba, le libyen dit ktab, et une fois que deux ou trois voyelles brèves ont disparu d'un mot, la racine qu'il cache devient difficile à reconnaître, même quand on la connaît. La lettre ج est le problème suivant : elle se prononce comme le « j » de « jour » et non comme le « dj » de « djinn », elle sonne donc française, et contrairement à la plupart des dialectes elle se comporte en lettre solaire, ce qui veut dire que l'article défini s'y assimile. Vient ensuite le qaf prononcé g, qui traverse tout, y compris les mots que vous avez appris avec un q dans un manuel.

Rien de tout cela n'est uniforme dans le pays, et les conjugaisons de l'Est forment l'ensemble le plus élaboré. Si vous devez choisir une cible, prenez la ville où vivent vos contacts plutôt que le dialecte qui sonne le mieux à votre oreille. Notre page sur le choix du dialecte arabe à apprendre examine cette décision pour tout le monde arabophone.

Comment apprendre l'arabe libyen

Il existe un vrai livre pour apprenants, et il est bon. Spoken Libyan Arabic d'Eerik Dickinson (Dunwoody Press, 2004, 399 pages, ISBN 978-1-931546-05-8) a été écrit pour des personnes qui connaissent déjà l'arabe standard moderne, et il enseigne les deux dialectes urbains, Tripoli à l'Ouest et Benghazi à l'Est, ce qu'aucun autre cours ne fait. Il contient trente passages de parole spontanée de locuteurs natifs, avec notes, traductions et glossaire, ainsi que trois CD audio. Une chose à savoir avant de l'acheter : tout est transcrit dans un alphabet phonétique modifié et non en écriture arabe, apprenez donc l'écriture ailleurs. C'est malgré tout le seul livre de cette page que nous conseillerions à un débutant d'acheter.

Au-delà, on entre dans les descriptions universitaires. A Short Reference Grammar of Eastern Libyan Arabic de Jonathan Owens (Harrassowitz, 1984) reste la référence pour le parler de Benghazi. Le parler arabe de Tripoli (Libye) de Christophe Pereira (Saragosse, 2010) est la description complète la plus récente du parler de Tripoli, et il est en français. Ce sont deux grammaires pour linguistes, pas des cours, et aucune des deux ne vous apprendra à commander un café.

Ce qui n'existe pas compte tout autant. Talk In Arabic couvre huit dialectes, et le libyen n'en fait pas partie ; les archives gratuites du FSI (Foreign Service Institute, l'institut qui forme les diplomates américains) et du Peace Corps sur Live Lingua proposent des cours de marocain et de tunisien, mais nous n'en avons pas trouvé en libyen ; aucune grande application ne l'enseigne. Les cours particuliers font donc ici une plus grande part du travail que pour l'égyptien ou le levantin. Utilisez notre liste de services de cours d'arabe, filtrez les professeurs originaires de Libye, et précisez dès votre premier message si vous voulez le parler de Tripoli ou celui de Benghazi, car un professeur du mauvais bout du pays vous apprendra la mauvaise moitié du tableau ci-dessus.

Questions fréquentes

Quel arabe parlent les Libyens ?

Les Libyens parlent l'arabe libyen, un dialecte maghrébin de la même branche que le tunisien, l'algérien et le marocain. Ethnologue compte environ 6,1 millions de locuteurs. Il se divise en une variété de l'Est, centrée sur Benghazi et Bayda, et une variété de l'Ouest, centrée sur Tripoli et Misrata. L'arabe standard moderne est la langue écrite officielle, mais personne ne le parle à la maison.

Quelles langues parle-t-on en Libye ?

L'arabe standard est la langue officielle et l'arabe libyen la langue parlée au quotidien. Plusieurs langues berbères sont aussi parlées, dont le nafusi en Tripolitaine, le tamahaq chez les Touaregs, et les petites variétés de Ghadamès et d'Awjila. Le tedaga est parlé par les Teda dans le sud, et le domari par la communauté dom. L'italien et l'anglais sont les principales langues étrangères.

Les Libyens sont-ils arabes ?

La plupart le sont, et beaucoup sont des Amazighs arabisés dont les ancêtres parlaient berbère avant l'arrivée de l'arabe. La Libye compte encore des communautés amazighes, touarègues et teda qui parlent leur propre langue à côté de l'arabe. Mouammar Kadhafi niait que les Berbères soient un peuple distinct et avait interdit les prénoms berbères et l'enseignement dans cette langue ; cette reconnaissance est revenue après 2011.

Quel est le dialecte arabe le plus difficile ?

Pour un apprenant qui vient de l'arabe standard moderne, les dialectes maghrébins sont les plus difficiles, et le libyen fait partie de ce groupe. Les voyelles disparaissent des mots et laissent des groupes de consonnes qui masquent la racine ; le préfixe n- signifie « je » et non « nous » ; et des emprunts à l'italien, au turc et au berbère prennent la place d'une racine arabe. Les locuteurs égyptiens et levantins disent rencontrer la même difficulté avec le libyen.

Comment commencer à apprendre l'arabe libyen ?

Commencez par Spoken Libyan Arabic d'Eerik Dickinson (Dunwoody Press, 2004), le seul livre pour apprenants qui couvre à la fois les dialectes de Tripoli et de Benghazi, puis travaillez avec un professeur libyen en lui disant quelle moitié du pays vous visez. Aucune grande application ni aucun cours par abonnement ne couvre le libyen : ici, les cours particuliers ne sont pas facultatifs comme ils peuvent l'être pour l'égyptien ou le levantin.